Silencieuse(s) de Salomé Joly

Silencieuse(s)

Sibylline Meynet & Salomé Joly

Bande dessinée

« Chatte à talon! » Des mots crachés comme ça. A son passage. Mais elle a fait semblant de ne rien entendre. Comme toujours. Avec le recul, ce n’est pas grand-chose… Elle pourrait même trouver la formule assez drôle. Sauf qu' »Elle », c’est Anaïs, Mahé, Zoé, Julie. C’est la copine, la fille, la soeur, la petite amie. C’est vous. C’est moi. Et surtout, c’est banal. Au point qu’elle troquera sa jupe contre un pantalon. Pour ne plus être résumée à un sexe offert à qui veut.

Un thème qui prend aux tripes.

Qu’on l’ait beaucoup ou peu vécu, le harcèlement de rue est une réalité et je connais peu (pour ne pas dire pas) de femmes / filles qui ne s’est pas, un jour, sentie mal à l’aise. Que ce soit par un simple regard, un frôlement, un coup de klaxon, un sifflement ou une parole déplacée, chacun d’entre nous a vécu ou connait quelqu’un qui a expérimenté ce genre de comportements dégoutants.

Il y a peu j’avais lu « Sea, sexisme and sun » sur le même type de sujet que j’avais adoré, alors forcément quand j’ai vu Silencieuse(s), j’ai foncé (enfin, mon copain a foncé pour me l’offrir à Noël, plus précisément).

Une jolie plume.

Que ce soit au niveau du récit ou du dessin, j’ai beaucoup aimé la manière dont a été racontée l’histoire. La dessinatrice a sa patte et j’ai rapidement réussi à rentrer dans cette BD grâce à ça – l’écriture n’est pas en reste non plus, même si elle reste simple. Les deux collent bien ensemble et je n’ai pas eu de préférence pour l’un ou l’autre. Chaque personnage est différent, a son propre style et son passif.

Justement, parlons en des personnages.

Ce que je déplore dans Silencieuse(s), c’est la rapidité avec laquelle on va passer d’une histoire à l’autre. On n’a pas réellement le temps de s’attacher au protagoniste en cours qu’on passe déjà à une autre histoire, un autre vécu. C’est quelque chose qui m’a pas mal perturbée. Découle de ça une BD qui passe trop vite, mais cette fois-ci pas dans le bon sens du terme.

Un rythme inégal.

J’aurais voulu beaucoup plus de développement, sans forcer les anecdotes ou tisser des choses de toutes pièces, mais j’aurais voulu voir plus de choses car, tout en gardant la crédibilité, il y a tant à dire sur le harcèlement de rue. J’ai trouvé que la BD allait trop vite, et survolait ce sujet pourtant si intéressant – en comparaison par exemple à Sea, sexisme and sun qui va vraiment en profondeur.

Dans tous les cas, c’était une très bonne lecture que je conseille même si elle aurait gagnée à être étoffée.

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